Pin noir du Japon : le guide complet

Publié le : 19/06/2020 09:31:16
Catégories : Bien choisir votre bonsaï

Pin noir du Japon : le guide complet

Les pins en bonsai sont très prisés par les amateurs, et le pin noir en est certainement le plus emblématique. Incontournable dans les grandes expositions japonaises, il évoque force et puissance avec son tronc massif et ses plateaux bien denses.

A la pépinière, cela fait partie de nos arbres préférés, certains sont cultivés depuis plus de 40 ans, en les faisant d'abord grossir en plein champ puis formés dans des pots pour progressivement devenir des bonsais.

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Le pin noir du Japon, pinus Thunbergii

Ce pin tient son nom de la couleur de son écorce qui est très sombre et craquelée. Il pousse à l'état naturel en bord de mer dans la partie sud de l'archipel nippon. Il supporte donc très bien les embruns salés et comme nous allons le voir par la suite, il a su s'adapter à ce climat et notamment les vents violents et les typhons. Ce n'est pas un pin de montagne, contrairement au pin blanc (pinus Pentaphylla).

On dit que c'est un pin à deux aiguilles, car ces dernières poussent par paire. Le pin noir est tres vigoureux, pousse rapidement et a tendance à faire de grandes aiguilles, mais qui heureusement se réduisent avec le temps. Il est tellement puissant qu'il est capable de faire deux pousses dans l'année, alors que la plupart des autres pins ne font qu'une seule pousse.

Magnifique écorce sur un pin thunbergii

Comment entretenir un pin noir du Japon ?

Emplacement : toujours dehors et au soleil

Les pins sont des arbres rustiques qui doivent rester à l'extérieur tout au long de l'année. Ils supportent très bien le froid, et d'ailleurs des températures négatives sont nécessaires à leur bonne santé. Ils ont besoin de ressentir les rigueurs de l'hiver pour bien repartir au printemps.

En été, laissez-les en plein soleil, ce n'est pas la peine de les mettre à l'ombre. Un manque de soleil se traduira par des aiguilles plus longues, avec une couleur moins franche.

Arrosage

Les pins noirs supportent bien d'avoir la motte qui sèche un peu entre deux arrosages. Les excès d'arrosages sont d'ailleurs plus préjudiciables qu'un manque d'arrosage. Surtout pendant l'hiver, lorsqu'il y a des pluies abondantes, le pot peut vite se retrouver complètement imbibé d'eau. Si vous en avez la possibilité, mettez votre pin à l'abris de la pluie le temps que le drainage fasse son effet.

Un surplus d'eau au printemps, lorsque les chandelles s'ouvre, aura également pour conséquence des aiguilles plus longues. Un excès d'eau pendant la période hivernale se caractérise par des aiguilles dont le bout devient jaune.

L'arrosage des pins peut sembler compliqué mais en pratique arrosez quand le dessus du substrat est sec, et évitez les excès d'eau surtout pendant l'hiver.

Comment tailler un pin noir du Japon

Nous abordons là un sujet sensible, car la littérature sur le sujet est vaste et parfois contradictoire. Cela vient en partie du fait qu'il n'y a pas une seule technique possible. Donc nous allons vous expliquer comment nous procédons à la pépinière. Cette technique donne de bons résultats et elle est finalement assez simple à appliquer.

Il faut d'abord considérer deux états d'aboutissement sur les pins :

  • le cas des bonsais sur lesquels les branches sont un peu longues et peu densifiées. Le but est de ramener la végétation plus proche du tronc en faisant apparaitre de nouveaux bourgeons sur les branches, pour ne permettre de les raccourcir ensuite.
  • le cas des bonsais plus aboutis, les branches sont en place, à la bonne grosseur et longueur, nous voulons juste densifier les plateaux.

Jacques Galinou devant un pin noir du Japon

Le désaiguillage pour favoriser un bourgeonnement arrière

Nous commençons donc par poser la ramification primaire. Pour chaque branche, il faut se demander si elle a la bonne longueur et la bonne grosseur par rapport à la mise en forme voulue. Si ce n'est pas le cas, on ne la taille pas, mais nous la désaiguillons.

C'est-à-dire qu'en juin nous taillons les aiguilles de l'année précédente. Elles sont facilement reconnaissables car elles sont de couleur plus foncées poussent quasiment à la perpendiculaire de la branche ; les aiguilles de l'année sont d'un vert plus clair et forment un angle plus aigüe.

Nous taillons les aiguilles avec des ciseaux, nous ne tirons jamais sur les aiguilles car cela risque d'endommager les bourgeons latents qui se trouvent à la base des aiguilles.

Nous laissons ensuite pousser en fertilisant. Durant l'été, les morceaux d'aiguilles coupées vont tomber de façon naturelle et vous allez voir apparaitre des bourgeons sur le bois nu. Certains vont s'ouvrir et former des aiguilles dès l'été ; d'autres ne s'ouvriront qu'au printemps suivant.

Nous laissons le bout de la branche se développer, nous ne la touchons pas car c'est ce qui va permettre à la sève de circuler et favoriser l'apparition des bourgeons.

L'année suivante, nous avons donc une branche qui s'est allongée et qui a développé des bourgeons et des petites pousses. Nous avons alors la possibilité de tailler et de revenir en arrière, pour continuer la formation du pin noir sur des branches plus proches du tronc lorsqu'elles sont assez développées pour prendre le relais.

Lorsque nous voulons faire grossir une branche, nous laissons tous les bourgeons se développer les toutes les nouvelles branches pousser. Plus il y a d'aiguilles et de rameaux, plus la sève va circuler, favorisant un épaississement de la branche.

Simplement avec cette technique, nous obtenons une ramification déjà bien développée et des petites aiguilles.

Comment tailler un pin noir du Japon, étape par étape

Le pincement du pin noir

Une fois que la structure principale et en place, que les branches ont la bonne longueur et la bonne grosseur (et uniquement à ce moment là), nous pouvons envisager des techniques plus avancées telles que le pincement. Pincer les chandelles d'un pin en cours de formation est contre-productif car cela ralentit la croissance.

Internet regorge d'explications plus ou moins complexes sur le pincement du pin. Il faudrait d'abord pincer les chandelles les plus fortes, puis les plus faibles 2 semaines plus tard, etc. Nous ne remettons pas en cause ces techniques, qui donnent certainement de bons résultats. Mais dans notre pépinière nous avons des centaines (pour ne pas dire des milliers) de pins noir. Au fil des années nous avons mis au point des techniques plus productives qui donnent également de bons résultats.

Pour y voir plus clair, revenons à la base.

Au Japon; le pin noir vit à l'état naturel en bord du mer, notamment dans la partie sud. Et que se passe-t-il en juin dans cette région ? Il y a des typhons. Des vents violents arrachent littéralement les chandelles qui viennent de se développer. Le pin noir s'est adapté à ce climat, avec la possibilité de générer une deuxième pousse, de nouveaux bourgeons et de nouvelles chandelles après le passage des typhons.

Maintenant nous allons vous poser une question simple : pensez-vous que les typhons se disent "je vais d'abord arracher les chandelles les plus faibles, puis je repasse dans deux semaines pour arracher les plus fortes" ? Cette question fait sourire et montre bien à quel point nous complexifions parfois les choses.

Un typhon arrache la plupart des chandelles en même temps, les fortes comme les faibles. Alors nous faisons la même chose. Quand elles sont développées, nous les pinçons, les fortes et les moins fortes. Il n'y a que les bourgeons qui ne sont pas encore ouverts que nous laissons en place.

Lorsque nous voulons faire un pincement, nous ne désaiguillons pas. Au printemps, le bourgeon s'ouvre, la chandelle monte. On commence alors à voir les aiguilles apparaitre, elles forment des points verts sur la chandelle. C'est le bon moment de pincer.

Nous coupons complètement la chandelle, en laissant juste un petit bout d'environ 5mm juste au dessus des aiguilles de l'année précédente. Quelques semaines plus tard, des bourgeons apparaissent qui se développent eux aussi en chandelles qui s'ouvrent et laissent apparaitre de petites aiguilles.

Equilibrer la vigueur sur un pin noir

Le Pinus Thunbergii est un pin très fort, très vigoureux, et cela se remarque rapidement. Le bout des branches et la tête ont de gros bourgeons, de longues chandelles, alors que l'intérieur de l'arbre se développe moins vite.

Pour former un magnifique pin noir en bonsai, il faut contrôler et équilibrer la vigueur. C'est-à-dire freiner les pousses les plus fortes et favoriser les plus faibles.

Qu'est-ce qui donne de longues chandelles ? De gros bourgeons en bout des branches.
Qu'est-ce qui donne de gros bourgeons ? Un afflux de sève important.
Qu'est-ce qui donne un afflux de sève important ? Les aiguilles qui sont de véritables pompes à énergie.

Quand on a compris cela, tout devient plus simple, et même évident. Nous pouvons utiliser le nombre d'aiguilles comme levier pour contrôler la vigueur de l'arbre. Plus nous laissons d'aiguilles, plus le bourgeon va grossir et plus il va développer une grande chandelle. Moins nous laissons d'aiguilles et moins nous allons amener de l'énergie au bourgeon, il va donc développer une petite chandelle.

Sur un pin qui est déjà bien formé, à l'automne nous allons couper plus ou moins d'aiguilles de l'année.

  • sur une pousse faible, nous laissons toutes les aiguilles
  • sur une pousse très forte (généralement en bout de branche ou sur la tête) nous ne laissons que quelques paires d'aiguilles
  • sur une pousse moyennement forte, nous retirons la moitié des aiguilles.

Au bout de quelques années, cette technique permet d'équilibrer les forces sur le pin noir. Il n'y a plus de différences importantes de longueur de chandelle et d'aiguilles. Elles ne sont pas toutes de la même dimension mais on s'en rapproche.


Rempotage

Il y a quelque chose d'important à comprendre c'est que la force d'un pin est dans les racines. Plus vous coupez de racines, et plus vous allez l'affaiblir. On ne coupe donc jamais plus d'un tiers des racines sur un pin.

Ensuite, le rempotage ne devrait se faire que lorsque le pain racinaire est bien compact et sain. Soulevez le pin de son pot et regardez la motte. Elle doit être plein de mycorhizes, ce sont des champignons qui prennent la forme de filaments blancs et qui vivent en symbiose avec le pin, ils l'aident à puiser les nutriments dans le sol. Vous devez avoir une bonne odeur de champignons !

Rempotage d'un pin noir du Japon, les racines sonr recouvertes de mycorhizes

Le rempotage doit absolument se faire avant le départ de la végétation. Dès que les bourgeons grossissent et que les chandelles commencent à pointer le bout de leur nez, ne touchez pas aux racines.

Une des périodes de rempotage est donc à la fin de l'hiver. Mais ne rempotez pas trop tôt, et cela est valable de façon générale pour tous les bonsais. Un rempotage en plein hiver, lorsque l'arbre est en dormance, n'est pas très bon car il y a une activité racinaire réduite.

Il y a une autre période de rempotage que nous pratiquons à la pépinière, mais que nous déconseillons aux débutants. C'est un rempotage en août. Cela peut sembler contradictoire avec ce que l'on peut lire. Pourtant le mois d'août est une période transitoire pour les pins ; les aiguilles sont bien formées et ils préparent les bourgeons pour l'année suivante. C'est une phase de repos mais pendant laquelle les racines sont très actives et pendant laquelle les mycorhizes se développent. Mais rempoter à cette période implique de pouvoir fournir une bonne hygrométrie ambiante après le rempotage et tout le monde n'a pas une installation d'arrosage et de brumisation comme la notre. Donc ne rempotez en août que si vous savez ce que vous faites, sinon optez pour le début du printemps !

Sur un pin comme ceux que nous vendons à la pépinière ce n'est pas necessaire de trop rentrer dans le racinaire. Contentez-vous de couper le pourtour, de peigner légèrement les racines mais sans forcer. Et surtout ne rentrez pas dans le coeur de la motte !

Enfin, grattez le dessus jusqu'à trouver les premières racines. En effet, la couche superficielle que vous allez enlever est souvent devenue dure au bout de quelques années, le substrat est colmaté par les arrosages successifs et par l'engrais. En retirant un petit centimètre vous assurez un bon drainage et permettez à l'eau de bien pépénter au coeur de la motte.

Utilisez un substrat bien drainant, les pins n'aiment pas l'excédent d'eau. Enfin, les pins se rempotent généralement dans des poteries non émaillées, de couleur marron ou brune. On choisira généralement une forme rectangulaire, très masculine, pour s'accorder avec la puissance qu'évoque le pin.

Fertilisation

Nous appliquons pour les pins noirs le même programme de fertilisation que pour les autres bonsais de la pépinière. Nous utilisons à la fois un engrais organique que nous complétons avec un engrais chimique faiblement azoté. Nous mettons de l'engrais d'avril jusqu'au début de l'hiver, tous les deux mois.

Lorsque vous avez un bonsai bin établi, vous pouvez ne commencer à fertiliser qu'à partir du milieu de l'été mais si vous voulez vraiment créer du bourgeonnement arrière alors appliquez le programme de fertilisation dès avril.

Ligature

Les jolis pins se forment par la ligature, mais prévoyez du temps pour poser le fil sur toutes les branches. Suivant la grosseur de l'arbre vous pouvez facilement y passer une demi-journée. Car la ligature est l'étape ultime, celle qui doit se faire quand la ramification primaire et secondaire sont créées et qu'il ne reste plus qu'à densifier les plateaux.

Le bois est assez flexible et permet de nombreuses possibilités de mise en forme.

Durant la période de formation, vous pouvez également utiliser des haubans afin d'abaisser les branches et permettre à la lumière d'accéder à l'intérieur de l'arbre. Car pour avoir des bourgeons arrière, il faut que le soleil puisse atteindre ces endroits. Le haubanage ne permet pas une mise en forme complète mais c'est une technique facile et rapide.

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